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#webtube : Un isolement auquel, après sa déposition touchante, la famille du professeur assassiné doit faire face. Difficile de ne pas ressentir la lourdeur qui pèse en salle d’audience, alors que se poursuit le procès en appel de quatre des prévenus impliqués dans l’affaire Samuel Paty. Ce mardi, septième jour des débats, les parties civiles ont été appelées à la barre, suivies des professeurs du collège du Bois-d’Aulnes qui s’étaient désolidarisés de l’enseignant d’histoire-géographie la semaine précédant sa décapitation par un islamiste d’origine tchétchène. En toile de fond, la stratégie provocatrice de Me Villemin, avocat d’Abdelhakim Sefrioui, poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste : faire reconnaître à la cour que Samuel Paty participait à la discrimination des élèves musulmans.
Le souvenir d’un fils, d’un frère, d’un oncle
Comme des voix claires s’élevant au milieu du tumulte, chacune des lettres lues à voix haute par ceux qui tenaient le plus à l’enseignant assassiné dresse un portrait sans rature de « Samu ». Curieux, méticuleux, respectueux des différences de chacun, doté d’une tolérance à toute épreuve… Difficile, pour cette famille endeuillée, d’imaginer un instant qu’on ait pu qualifier leur fils, leur frère, leur oncle de « raciste » ou d’« anti-musulman ». Et, pire encore, de lui ôter sauvagement la vie pour ces prétendues raisons.
Le goût du savoir et de l’histoire, son tempérament réfléchi, son attachement au monde des idées et l’appétit qu’il avait à « se nourrir sans cesse des penseurs de ce monde » faisaient de lui le transmetteur de connaissances idéal. « S’il y avait quelqu’un incapable de discriminer quiconque, c’est bien Samuel. Il n’a jamais voulu mettre qui que ce soit au ban de la société. »
La perte « insupportable », « inacceptable » d’un enfant pour des parents, le sentiment de culpabilité de ses sœurs, le traumatisme d’un fils, de neveux et de nièces frappés à 5, 7, 8, 15 et 17 ans, rappelle l’aînée des cousines, composent autant de blessures que tente d’atténuer la longue litanie des qualités de Samuel Paty. Et pourtant, l’audience ramène toujours à cet instant qui tient dans le message de Bernadette Paty à sa fille, le soir du 16 octobre 2020 : « Je pense que ton frère a été tué près de son collège. Rappelle-moi. »
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L’abandon du corps enseignant
Malgré la douleur intense, ravivée par le récit atroce de l’assassinat de Samuel Paty, il faut encore à cette famille entendre celui de son abandon par une partie du corps professoral. Comme « des canards autour d’une mare » dans laquelle se seraient retrouvés Samuel Paty et un enseignant en virulent désaccord avec son cours sur la liberté d’expression et sa manière de l’enseigner, « la tension était telle que tout le monde prenait ses distances », résume l’un d’eux.
À la barre, Monsieur E., professeur de mathématiques, se souvient avoir préféré s’abstenir de donner son opinion, et reconnaît avoir évité à tout prix, dans un souci de « neutralité », le sujet avec l’enseignant qu’il raccompagnait pourtant fréquemment en voiture jusqu’à son domicile. Alors même que Samuel Paty se montrait particulièrement inquiet de la cabale qui s’orchestrait contre lui à l’extérieur du collège, allant jusqu’à se dissimuler sous un masque chirurgical, un bonnet et des lunettes une fois le portillon franchi, il est resté sourd à cette détresse. Il admet même avoir annulé une partie de tennis avec le professeur d’histoire-géographie, sur les conseils de sa compagne, directrice d’un établissement scolaire, qui l’avait enjoint à « ne surtout pas s’en mêler ».
Une impression que Samuel Paty a été abandonné qui se précise encore avec l’audition de Mme C., professeure de français, première à s’être publiquement désolidarisée de Samuel Paty. Le 10 octobre, soit cinq jours après le cours à l’origine de la polémique et six jours avant l’attentat, elle adresse un courriel au corps enseignant. Dans un climat qu’elle décrit comme « délétère », elle y critique, non pas le contenu du cours, qu’elle ne juge pas choquant, mais sa modalité. Le fait d’avoir proposé à certains élèves de quitter la salle ou de fermer les yeux lui paraît « dangereux ». Elle « ne soutient pas l’enseignant », selon ses propres mots. À la barre, pourtant, elle reconnaît ne s’être jamais entretenue avec Samuel Paty au sujet de ce cours. « J’imaginais pouvoir le faire au retour des vacances », explique-t-elle.
Mme C. admet avoir eu connaissance, avant la mort de l’enseignant, de la diffusion d’une vidéo mettant en cause Samuel Paty, et savoir que son nom comme celui du collège avaient été rendus publics. Pour autant, elle estime alors que « ce n’est pas le moment d’aller lui parler ». « Je regrette profondément de ne pas l’avoir fait », concède-t-elle aujourd’hui la voix tremblante, avant, toutefois, de s’agacer face aux questions insistantes de la cour sur son absence de démarche entre l’envoi de son mail, le 10 octobre, et l’attentat du 16.
Interrogée à plusieurs reprises par les avocats de la défense sur la manière dont elle a appris la nature exacte de la polémique autour du cours, elle répond ne pas le savoir. Maître Szpiner résume alors la situation en quelques mots : un courriel de désolidarisation envoyé sans en informer l’enseignant concerné, à propos d’un cours auquel elle n’a pas assisté, sans vérification des faits, après des échanges avec des collègues dont elle dit aujourd’hui ignorer l’identité. Des déclarations qui provoquent malaise et regards interrogateurs dans la salle.
Alienor de Pompignan, dans BV
