. Tuberculose dans l’Orne et abattage de troupeaux : au cœur de la révolte

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#webtube : 1.300 bêtes sont abattues ou menacées de l’être pour tuberculose. Des éleveurs disent stop. « Vous voulez qu’on crève, ça fait quatre ans qu’on croule sous les dossiers » ! : derrière ces paroles adressées au préfet lors d’une réunion publique, pointent l’angoisse et la colère d’une si jeune éleveuse laitière installée depuis seulement quatre ans dans l’Orne. Ce même mal-être que l’on retrouve marqué sur tous les visages invités à s’exprimer dans cette salle paroissiale à Athis, petit bourg du fin fond de l’Orne qui réunissait ce 12 janvier bon nombre d’éleveurs frappés par la tuberculose bovine et décidés à dire stop aux abattages de leurs bêtes.

Dans cette belle Suisse normande en effet, ces derniers jours, quatre troupeaux de bovins soit 1.300 animaux ont été abattus ou sont menacés de l’être pour cause de tuberculose et dix exploitations restent dans l’attente des résultats de tests. La même terre qui, pendant des siècles, a assuré, par sa production de lait, de viande et de beurre la fierté paysanne pourrait bien voir son destin définitivement basculer après des décennies de PAC (politique agricole commune instituée par l’UE) et de mondialisation qui ont transformé le métier d’agriculteur et achèvent de faire des éleveurs une profession en voie de disparition. L’épidémie de tuberculose comme chaque année n’arrange rien, explique un éleveur à BV : « tous les ans c’est la même angoisse, on trouve des bêtes positives à la tuberculose, et ça peut être un abattage total ». Pour désamorcer cette colère, calmer les esprits et tenter de trouver des solutions, le préfet du département tenait réunion publique ce lundi 12 janvier dans le village d’Athis déclaré ville morte le temps d’une journée par ses paysans.

« Dans 10 ans il n’y a plus d’élevage »

La salle est comble et surchauffée. Tous n’ont pas pu entrer pour y exprimer leurs doléances. L’épidémie de tuberculose bovine revient tous les ans hanter les esprits avec son long cortège de tests des animaux, d’attente des résultats avec, à la clé les traumatisants abattages systématiques en cas de résultats positifs. Mais cette année est un peu différente :  la crise de la dermatose nodulaire et sa gestion calamiteuse ailleurs a exacerbé les tensions, porté sur le devant de la scène la misère des agriculteurs et remis en question la gestion des autorités guidées par le principe de précaution. « En France on veut laver plus blanc que blanc, on est un petit peu comme mère Denis  » explique à BV l’un de ceux qui sont restés patiemment dehors en attendant la fin de la réunion, en référence à la cultissime publicité de lessive. Pourtant, poursuit-il « Les tests faits pour détecter la tuberculose chez les bêtes ne sont pas fiables à 100%,  ça fait des années que ça dure. On se fait tuer des bêtes qui ne sont pas malades, j’ai deux bêtes qui ont été abattues il y 3 ans qui se sont avérées négatives ». A l’intérieur de la salle, un de ses collègues met les pieds dans le plat : « on est en train de stigmatiser des régions particulières qu’on préfère sacrifier telles la Suisse normande ou l’Aquitaine pour conserver les statuts indemnes [de toute maladie NDLR ] de toute la France. Dans 10 ans il n’y a plus d’élevage, est ce que c’est ça qu’on veut ? » .

Un préfet de passage

La question de la fiabilité des tests pour la tuberculose revient en boucle lors des échanges; les autorités sanitaires présentes acquiescent. Le préfet – qui avoue ne pas avoir conscience de la problématique locale, étant arrivé de fraîche date dans la région – s’empresse de bien noter. Très à l’écoute, il tente  : « je ne voudrais pas vous laisser penser que l’administration veuille nuire à l’élevage  ». Mais qu’attendre d’un haut fonctionnaire qui aura disparu dans deux ans, muté vers d’autres cieux ? Jérôme Nury, le député Divers droite de la circonscription est présent aussi, fidèle à ses engagements de campagne de se tenir aux côtés des exploitations familiales. Chacun tente de trouver des solutions mais les éleveurs ne semblent guère se faire d’illusions.

L’un d’eux se lève pour prendre le micro «  l’abattage partiel c’est mieux mais ça ne marche pas; la désinfection [NDLR des bâtiments] ça ne marche pas non plus, ça donne du boulot et  ça ne sert à rien car les vaches réinfectent le bâtiments le lendemain ». Il pointe du doigt la source de la contamination : « il faut faire des rallonges au niveau de la chasse ». Une remarque qui en fait réagir plus d’un : autorités sanitaires et paysans s’accordent en effet à penser que les blaireaux et les sangliers qui pullulent sont les premiers pourvoyeurs de la tuberculose. L’intervenant insiste :« l’arrêt de la chasse, c’est terminé, il faut chasser, il faut chasser ». « C’est même mieux que ça abonde un de ses collègues qui prend à partie les autorités, on est envahis, on supporte ces bêtes là et vous ne faites rien pour les faire abattre. L’UE a sorti des règles pour combattre la tuberculose mais comme d’habitude on tape toujours sur la victime mais pas sur le responsable. C’est le cochon qui est responsable il doit être fusillé en premier ».

À ce sujet — [ENTRETIEN] « Cette mobilisation paysanne peut aller très très loin »

«  Ils sont au courant du prix des animaux à Paris ? »

Les échanges se poursuivent autour de la fameuse indemnisation des éleveurs privés de leurs bêtes – l’équivalent de « trois mois de revenus du lait ». Dérisoire et tardif pour l’essentiel des éleveurs présents. Elles sont  « évaluées par des expertises contradictoires puis envoyées à Paris » assurent les services vétérinaires présents à la réunion, une précision qui fait réagir : « Ils sont au courant du prix des animaux à Paris ? » lance, goguenard un des participants. Maigres prix de consolation « qui devraient être enfin défiscalisés si la loi budgétaire est votée, je me suis battu pour cela à l’assemblée » intervient Jérôme Nury, devant des éleveurs qui, les uns après les autres, soulèvent l’immense difficulté de reconstitution d’un troupeau abattu.

Deux heures pour abattre un troupeau

«A force de tuer les bovins il n’y en a plus, il n’y a plus d’éleveurs, les jeunes n’ont pas envie de se lancer dans un métier où il n’y a pas de vacances et où on ne gagne pas d’argent; l’élevage c’est le parent pauvre de l’agriculture » explique à BV Anne-Valérie, élue de la Coordination Rurale dans l’Orne.

La reconstitution des troupeaux (« repeuplement ») se heurte en effet à une double difficulté : outre les prix des bêtes qui, mécaniquement, se sont envolés,  le savoir-faire dans le temps long est lui, impossible à rattraper :  «Monter un troupeau nécessite deux voire trois générations ; mais pour l’abattre en deux heures c’est fait » nous explique notre éleveur qui patiente toujours sous la pluie.

L’issue de la réunion ne laisse guère place à l’optimisme. Les derniers à s’exprimer sont bien amers : «  s’ils veulent tuer nos vaches et emmener les paysans, qu’ils nous mettent directement la corde au cou  ». Un  autre prévient : «  Si on n’est pas écoutés, on fera autrement  ». Tous déplorent le manque de volonté politique, chacun y va de sa remarque :  l’Etat ne prend pas les moyens pour « avancer sur ces maladies-là depuis le temps qu’elles existent  » , « Il faudrait que les scientifiques se penchent sur la fiabilité des tests , mais ça implique des capitaux. La question est : est-ce qu’on veut encore investir dans le cheptel français ? » . Parmi les présents, certains étaient « montés à Paris » la semaine dernière, heureux d’y être mais revenus sans illusions. A quelques mètres de la salle paroissiale, l’église du village fait sonner son clocher, pour l’un des habitants d’Athis qu’on enterre à côté, sous la pluie de ce petit coin de l’Orne qui ne veut pas mourir.

Sabine de Villeroché, dans BV

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