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#webtube : Il fallait bien que cela arrive un jour. Après avoir passé des années à expliquer aux Français que la rigueur était nécessaire, que l’État devait se serrer la ceinture, que la souveraineté économique était un concept dépassé dans un monde ouvert, Bruno Le Maire plie bagage. Direction un cabinet de conseil américain. Sans bruit. Sans gêne.
Sans même tenter de sauver les apparences. Le symbole est lourd, presque obscène. Celui d’un homme qui a administré l’économie française comme on gère une filiale déficitaire et qui va désormais monnayer son expérience, ses réseaux et sa connaissance de l’appareil d’État au service d’intérêts privés étrangers. Ce départ n’est pas une reconversion, c’est un aboutissement. La confirmation que ces gens n’ont jamais gouverné pour un pays, mais pour un système. La France n’était qu’un poste, un passage, une ligne sur un curriculum vitae. Quand la maison brûle, ils ne restent pas pour éteindre l’incendie, ils traversent l’Atlantique et capitalisent sur les ruines.
Ce choix s’inscrit dans une logique parfaitement cohérente avec son bilan. Explosion de la dette, désindustrialisation accélérée, dépendance stratégique accrue, commerce extérieur durablement déficitaire, inflation mal anticipée puis mal maîtrisée. Pendant que les Français perdaient du pouvoir d’achat, voyaient leurs entreprises vaciller et leurs territoires se vider, le ministre expliquait que tout était sous contrôle, que la trajectoire était bonne, que la France résistait. Aujourd’hui, celui qui a participé à ce naufrage quitte la scène sans rendre le moindre compte. Pas de bilan contradictoire, pas de remise en question, aucune responsabilité politique assumée. Mieux encore, il est récompensé. Le pantouflage n’est plus seulement national, il est désormais transatlantique. Après avoir largement ouvert les portes de l’État aux cabinets de conseil, après avoir banalisé l’ingérence privée dans la décision publique, il rejoint naturellement ce monde-là. Ce n’est pas une dérive individuelle, c’est un mécanisme systémique. On gouverne contre les peuples, puis on capitalise ailleurs sur l’expérience acquise en les écrasant.
Le calendrier rend l’affaire encore plus indécente. En plein débat sur le Mercosur, alors que le monde agricole est étranglé par des normes qu’il est souvent seul à respecter et menacé par des accords de libre-échange destructeurs, l’ancien ministre choisit de s’exiler professionnellement. Le message est limpide. La France n’est plus un centre de gravité, seulement un marché parmi d’autres, un terrain d’expérimentation, une variable d’ajustement. La souveraineté économique, tant invoquée dans les discours, n’a jamais été qu’un mot creux pour ceux qui se sont empressés de la vendre à la découpe. Ce départ n’est pas seulement une fuite individuelle, c’est un aveu collectif. Celui d’une classe dirigeante qui ne croit plus au pays qu’elle administre et qui n’y voit plus un destin commun mais une simple étape de carrière.
Il serait pourtant trop simple d’en faire un cas isolé. Bruno Le Maire n’est pas une exception, il est un produit fini. Le visage parfaitement lisse d’une génération politique hors-sol, formée à gérer des tableaux Excel plutôt qu’à servir un peuple, plus à l’aise dans les salons internationaux que dans les réalités du pays réel. Ils ont promis, ils ont détruit, puis ils sont partis. Le contrat moral est rompu depuis longtemps. Ceux qui ont gouverné sans assumer se recyclent sans scrupule. Ce jour-là, ce n’est pas seulement un ancien ministre qui a changé de camp. C’est toute une élite qui a confirmé qu’elle n’était plus chez elle en France.
Jérôme Viguès, Riposte Laïque
