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#webtube : Du 29 janvier au 1er février 2026 devait se tenir le 53e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Boycottée, la société organisatrice a annulé le projet, dont dépendent pourtant les autres acteurs économiques du milieu. La crise de la BD occidentale est économique, technique et idéologique. L’annulation du festival d’Angoulême n’en est pas la cause, mais elle empire la crise. Pendant ce temps, les productions des concurrents asiatiques prospèrent et remplacent un marché saturé, en privilégiant l’accessibilité.
La société 9+ Art, qui organisait le festival depuis 2017 était l’objet de vives critiques d’une grande partie des éditeurs et des auteurs de bande dessinée. Gouvernance opaque, déséquilibre dans l’exposition et problèmes de gestion, autant de facteurs qui ont fait perdre à la société la confiance de l’ensemble des acteurs. Courrier International rapporte également des accusations de « management toxique », qui s’ajoutent à des affaires judiciaires.
Auteurs et éditeurs ont appelé au boycott du festival et les grands éditeurs ont décidé de ne pas s’y présenter. Delcourt, Dupuis, Casterman, des noms sans qui le festival ne serait plus le même. Les collectivités ont pour leur part décidé de baisser les subventions en réaction à la protestation, ou supprimé purement et simplement leur soutien financier.
L’accélération d’un déséquilibre
Si l’annulation du festival n’a pas été causée par les difficultés structurelles de la BD, elle agit comme un révélateur. Car le festival était le principal lieu de consécration symbolique, d’exposition pour les créateurs, et un moment clé du calendrier éditorial. Tout se jouait là-bas.
De fait, le festival accentuait des déséquilibres déjà existants : les grands éditeurs avaient les moyens d’occuper l’espace, pour communiquer et faire des ventes en direct. Les petits éditeurs et auteurs dépendaient du festival pour exister et être remarqués médiatiquement. Un moment crucial de visibilité, et évidemment le principal point de rencontre entre les auteurs et leur lectorat.
La crise de la BD
Depuis 20 ans, le volume de bandes dessinées éditées a explosé. Les éditeurs publient plus que jamais, alors même que les ventes baissent. Peu de titres fonctionnent bien, et la plupart des auteurs ne peuvent vivre de leur activité.
Le risque de l’édition est transféré aux auteurs. Les éditeurs demandent « ce qui marche », laissant peu de place à la réinvention du format, tandis que les auteurs doivent longtemps attendre leurs droits, et le cas échéant, absorber l’échec.
Les librairies sont saturées (jusqu’à rencontrer des problèmes de stockage), et les sorties trop importantes sont devenues illisibles par le public. Un public qui s’est généralement reporté sur le manga, surtout pour les plus jeunes générations. Plus de pages, moins cher, rapidement lisible, le format a conquis la jeunesse qui se détourne de la bande dessinée franco-belge.
BD : un format figé et une idéologie poussive
Une large part de la BD d’auteur et de la BD officielle (disposant d’une légitimité institutionnelle) est marquée par des thèmes progressistes. Entre récits féministes, antiracistes, dénonciation des dominations sociales, le public est naturellement blasé de ces récits idéologiques prescriptifs, convenus et conformistes, qui se multiplient sans fin
La BD a tendance à se considérer comme un auto-référentiel, et donne l’impression de s’écouter écrire. Marvel et DC, les comics américains, ont eux aussi succombé aux sirènes du wokisme, désintéressant parfois jusqu’à leur public traditionnel. Ils partagent avec la BD le même problème de message sur-moralisé et convenentionnel, de licences sempiternelles et de continuité illisible pour un non-initié.
Manga, un marché adapté à la consommation contemporaine
Le succès du manga, et plus récemment du manhwa, ne tient pas seulement à son prix ou à son format, mais à une vision du monde foncièrement différente. Le manga privilégie l’immersion et la fidélisation du lecteur plutôt que la démonstration idéologique. C’est le volume narratif et la continuité du récit qui séduisent : progression claire, enjeux durables, sérialisation assumée.
Le contraste est frappant. Un tome moyen de manga propose entre 180 et 220 pages pour un prix de 7 à 8 euros, contre 48 à 56 pages pour environ 15 euros dans la BD franco-belge classique.
Le Manhwa, manga coréen, est aussi en voie de concurrencer la production occidentale. Si le manhwa suit le format du manga, il est en couleur, suit un rythme de parution effréné et est d’abord pensé pour la publication numérique. Par ailleurs, il y a une continuité entre ces formats et les séries animées qui en sont issues, un avantage d’adaptation du format qui fait encore défaut à la bande dessinée.
César Cavallère, Revue Eléments
