. Le Louvre, exemple chimiquement pur de la chienlit française

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#webtube : Pour la commission d’enquête parlementaire, est « un État dans l’État ». À mi-parcours, la commission d’enquête parlementaire sur la sécurité des musées livre ses premières conclusions : le Louvre, qui dysfonctionne en vase clos, est « un État dans l’État ».

Il aura fallu le vol rocambolesque des bijoux de la Couronne et la litanie des mésaventures du « musée le plus visité au monde » pour qu’on se décide à aller voir ce qui se bricole sous la pyramide. La commission d’enquête créée dans la foulée, censée se pencher sur la sécurité des musées en général parce qu’il aurait été malvenu de s’en prendre à notre fleuron national si durement éprouvé, vient de rendre son rapport d’étape. Le président Alexandre Portier (LR) et son acolyte Alexis Corbière (Parti de gauche) n’ont pas mâché leurs mots : c’est la chienlit à tous les étages, cela, dans le mépris total de la gestion de l’argent public.

Chez ces gens-là, Monsieur, on ne démissionne pas !

Depuis l’ouverture de cette commission, début janvier, 70 personnes ont été auditionnées, et si le but est bien de faire le bilan de la sécurité des musées français, manifestement défaillante, c’est bien sûr le Louvre qui occupe avant tout les esprits. Nous avons ici relaté par le menu toutes les catastrophes qui s’y sont succédé depuis octobre, et l’analyse livrée jeudi par les deux rapporteurs, lors de leur conférence de presse, est sans appel : le vol perpétré en octobre « n’est pas un accident, il est le révélateur d’une défaillance systémique ». Étonné, Alexandre Portier fait remarquer que les « dérives » et les « défaillances », déjà listées dans les rapports qui ont suivi les auditions au Sénat, auraient dû conduire immédiatement à la démission de la présidente Laurence des Cars. Le vol du 19 octobre « aurait déjà conduit dans pas mal de pays et d’établissements à un départ depuis longtemps », a-t-il relevé. Oui, mais voilà, pour plagier Brel, chez ces gens-là, monsieur, on ne démissionne pas. On reste accroché à son siège comme un Jack Lang à l’IMA, avec le soutien inconditionnel d’Emmanuel Macron pour qui le mot « démission » est une obscénité.

Sans surprise, les rapporteurs dénoncent « les défaillances systémiques du musée, qui étaient latentes depuis des années » et auxquelles on n’a pas jugé bon de remédier. Et de pointer un système de vidéosurveillance « archaïque », des services qui s’ignorent, des carences dans les formations à la sécurité, l’absence de protection élémentaire comme une grille sur la porte-fenêtre par laquelle sont entrés les cambrioleurs, etc. Toutes choses qui démontrent que la sécurité était tout sauf une « priorité des équipes de direction ». Et là encore, dit le président de la commission, c’est une maladie bien enkystée, car «  ce qui est en cause, c’est le pilotage du Louvre ».

« Le syndrome de l’hyperprésidence » au cœur du désastre

« Le Louvre est devenu un État dans l’État avec, depuis plusieurs années, une forme d’asymétrie qui s’est construite entre le Louvre et le ministère qui est censé le contrôler », a assené Alexandre Portier. Propos développé par Alexis Corbière, qui dénonce une « forme d’hyperprésidence » qui se perpétue à chaque changement de direction, entraînant un mode de fonctionnement « d’une manière un peu autonome, avec une tutelle de la présidence de la République ». On fait ses petites affaires entre soi, sans rendre de comptes, ou si peu, à l’administration de tutelle, à savoir le ministère de la Culture. Or, tout se passe « comme si le Louvre, au fond, n’avait pas à rendre compte de la gestion de l’argent des Français », a conclu le président Portier. Un peu comme l’audiovisuel public, en somme…

Semblable, dans l’esprit, à ce qui règne aujourd’hui au sommet de l’État, on privilégie, au Louvre, « l’événementiel et l’éphémère » au détriment du reste, y compris les travaux indispensables à la sauvegarde du bâtiment et de ses collections ou, encore, la sécurité. Rappelons que, pendant ce temps, 497.000 euros ont été dépensés pour aménager cuisine et salle à manger dans les espaces privatisés, cela, à la demande de Mme des Cars. Il fallait « adapter le Louvre à notre époque », comme elle l’a dit, lors de son audition au Sénat.

Le Louvre-Nouvelle Renaissance : grand chantier ou grand fiasco ?

C’est la même folie des grandeurs qui agite Emmanuel Macron. Privé de ses « grands travaux », il a décidé d’avoir son grand chantier, annoncé en janvier 2025 et baptisé Louvre-Nouvelle Renaissance. Le nom de l’architecte lauréat devait être révélé en grande pompe le 11 février dernier. La réunion du jury a été reportée sine die. Peut-être serait-il judicieux que ce projet à 1,15 milliard d’euros le soit également ?

En effet, comme l’a confié Alexandre Portier lors de sa conférence de presse, il n’est « pas convaincu de la nécessité de ce geste présidentiel, qui vise à faire entrer 12 à 15 millions de visiteurs par an, alors qu’aujourd’hui, toutes les salles ne sont pas ouvertes ». En effet, ce projet consiste non seulement à repenser l’entrée du musée « pour faciliter l’expérience client (sic) et l’accès à la Joconde », mais à ouvrir 22.000 mètres carrés de nouvelles salles. Or, comme le rappelle Connaissance des arts, la Cour des comptes a jugé le plan de financement « pour le moins fragile ». Un projet qui rencontre d’ailleurs une farouche hostilité en interne, les syndicats s’interrogeant sur l’opportunité de « placer la Joconde dans une zone inondable, de supprimer son dialogue avec le reste des collections ou de proposer une tarification différenciée pour la voir ». Autrement dit d’en faire un strict objet de consommation…


Marie Delarue
, dans BV

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