. L’affaire Epstein/Maxwell et ses zones d’ombre

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#webtube : En septembre 2023, le livre du criminologue Xavier Raufer, Jeffrey Epstein — L’âme damnée de la IIIe culture (Les Éditions du Cerf, 278 pages, 22 euros), proposait au public français une enquête fouillée sur ce scandale hors norme dont de nombreux aspects demeurent inexpliqués.
L’auteur reste sur le plan des faits, sans se prononcer sur les multiples théories avancées pour combler les pièces manquantes du puzzle : intermédiation en faveur de financiers très influents, liens étroits avec les services de renseignement américains ou israéliens dans le cadre d’un kompromat à l’échelle internationale, gouvernance mondiale de dirigeants pédophiles…
Johan Hardoy

Un couple digne du Marquis de Sade

« Commençons par La Philosophie dans le boudoir pour les personnages : Jeffrey Epstein, l’abuseur, en Dolmancé, prototype s’il en est du pédocriminel ; Ghislaine Maxwell, l’entremetteuse, en madame de Saint-Ange, ainsi nommée par antiphrase l’on s’en doute ; les jeunes filles, les esclaves, en autant d’Eugénie de Mistival, captations, initiations et punitions comprises. »

« Dans sa déposition à la police de Palm Beach, un ancien employé d’Epstein compte une centaine d’adolescentes attirées, soudoyées ou menacées pour la seule villa de Floride et pour la seule décennie 1990-2001, les méfaits de son employeur dépassant largement ce cadre et cette période. »

« Le nombre de décès brutaux autour d’Epstein ou de ses proches, qu’il s’agisse de maladies incurables, de suicides inattendus, de disparitions inexpliquées, n’a pas manqué d’alimenter les adeptes du soupçon. […] Là encore, le trait est sadien : en parallèle du culte d’Éros s’institue le sacrifice à Thanatos. »

« Pendant au moins dix ans, de 1994 à 2005, mais sans doute au-delà malgré ses dénégations, Ghislaine Maxwell va être l’éminence grise et le pivot logistique du réseau criminel d’Epstein : elle gère le recrutement des filles, le programme de leur soumission physique et psychologique, les carnets de leurs rendez-vous avec les “amis de Jeffrey”. »

Les victimes, qui viennent d’Europe, d’Asie ou d’Afrique, sont le plus souvent des adolescentes fragiles et vulnérables qui ont connu la rue ou la drogue après des problèmes scolaires et familiaux. En échange de leurs services sexuels, des rémunérations variables leur sont attribuées. Les récalcitrantes se voient confisquer leur passeport et menacées de mort.

« Après avoir été esclavagisées, elles sont chassées le jour où Epstein les juge “trop vieilles”, c’est-à-dire à l’entour de leurs 18 ans. » Le majordome d’une propriété de Floride dénombre pour ce seul lieu 500 victimes, tandis que l’enquête finale en enregistre 80. Dans deux autres propriétés des Îles Vierges, elles se comptent par centaines, « pour la plupart âgées de 12 à 17 ans » selon la justice locale. Les plus jeunes avaient 11 ans lors des faits. Certaines, plus âgées, jouent également le rôle d’enrôleuses.

Les quelques « abuseurs » qui pourraient avoir quelques scrupules se voient menacés par Ghislaine Maxwell de révélations publiques de leurs ébats. Des systèmes d’espionnage sont, en effet, disséminés dans les chambres, les salles de bains et les toilettes des propriétés.

Un itinéraire mystérieux

Jeffrey Epstein est né en 1953 à Brooklyn dans une famille juive ashkénaze de la classe moyenne inférieure. À l’âge de vingt ans, après une scolarité où il n’a obtenu aucun diplôme, il devient enseignant stagiaire en maths et physique dans un lycée privé et huppé de New York, avant d’en être renvoyé deux ans plus tard pour résultats insuffisants. Durant les cinq années suivantes, il exerce comme trader en s’initiant à la gestion de fortune.

En 1982, il crée sa propre société et monte des opérations financières avec l’aide d’ex-collègues. Un de ses associés sera ultérieurement condamné à 18 ans de prison en raison d’une « escroquerie géante » et dénoncera Epstein comme « l’architecte de l’anarque » sans que celui-ci soit inquiété.

« Dans ces années 1980, Epstein vit dans un petit appartement de Manhattan et mène une vie modeste. »

En 1989, il se lie avec le milliardaire Leslie « Les » Wexner, qui lui confie deux ans plus tard une procuration de gestion totale et illimitée sur l’ensemble de ses avoirs et activités !

Entretemps, Epstein rencontre à Londres Ghislaine Maxwell, que son père, le magnat de la presse Robert Maxwell (de son vrai nom Jan Ludvik Hyman Benyamin Hoch), lui a présenté comme « l’un de ses partenaires en affaires ».

Cette femme, qui est née en 1961 à Maisons-Laffitte (Yvelines) et dont la mère est française, a suivi des études supérieures au distingué Marlborough College avant de devenir « une coqueluche de la haute société londonienne ». En 1991, son père est retrouvé noyé dans l’Atlantique, dans des circonstances telles que sa fille récuse obstinément la thèse officielle de l’accident. [Robert Maxwell a été enterré au cimetière juif du mont des Oliviers à Jérusalem, en présence du Président, du Premier ministre et de six actuels ou anciens chefs de services secrets israéliens, ce qui ne manque pas d’alimenter la thèse de sa proximité avec lesdits services.]

Par la suite, le couple apparaît « mille fois photographié sur les cinq continents en compagnie de monarques et de milliardaires, de chefs de gouvernement, de présidents d’institutions internationales ou d’universités prestigieuses ».

Une fortune inexpliquée

En 2019, les propriétés de grand luxe situées à Manhattan, au Nouveau-Mexique, en Floride, aux Îles Vierges et au 22, avenue Foch à Paris, ainsi que sa flotte aérienne (hélicoptères et avions, dont le fameux Boeing 727 Lolita Express, véritable « lupanar volant »), permettent d’évaluer le patrimoine d’Epstein à plus de 550 millions de dollars.

« Consultés en 2006-2007, les meilleurs connaisseurs du Stock Exchange déclarent n’avoir aucune idée de la façon dont Epstein gagne son argent. »

« Aux États-Unis, l’État fédéral dispose de l’appareil de lutte contre la criminalité financière le plus compétent et le plus agressif au monde. […] Comment Epstein a-t-il pu échapper à ce laminoir en termes de fraude et de blanchiment ? Jusqu’à sa mort, il va conserver des comptes dans de grandes banques internationales qui ignorent pourtant d’où vient et où va son argent. »

Une étrange impunité

En 1995, Epstein fait l’objet de plaintes pour violences sexuelles, classées sans suite, de la part d’une jeune adulte et de sa sœur de 16 ans qui décrivent comment Ghislaine Maxwell les a contraintes à participer à des orgies.

En 2005, la mère d’une adolescente l’accuse d’avoir violé sa fille de 14 ans. L’enquêteur en charge de l’affaire constitue un dossier solide mentionnant une quarantaine de jeunes filles victimes, mais le procureur Alex Acosta émet des doutes tandis que des ténors du barreau assurent la défense de l’accusé. Dans le même temps, les agents ont la nette impression que ce dernier est informé à l’avance de leurs investigations. Le FBI, qui succède au service de police local, identifie à son tour plus de 30 victimes mineures sur une durée de huit ans, mais le procureur Acosta décide de renvoyer cette affaire criminelle devant un simple tribunal de police pour « sollicitation de prostituées » !

Condamné à 18 mois de prison, Epstein est détenu dans une véritable « chambre d’hôte » dont la porte reste constamment ouverte. Il est libre de se rendre où bon lui semble dans l’établissement jusqu’à 23 heures. Il a lui-même choisi ses gardiens, qui restent en civil (contrairement au règlement) et qu’il gratifie de primes, et reçoit de nombreuses visites de jeunes femmes dont certaines sont mineures ! Après quelques semaines de détention, « les magistrats de Floride, qui n’inclinent guère habituellement à la mansuétude, lui accordent de pouvoir quitter la prison sur la base hebdomadaire de 6 jours sur 7 jusqu’à complétion de sa peine », à condition de porter un discret bracelet électronique. Il peut ainsi se rendre à New York ou dans les Îles Vierges pour ses affaires, avant d’être « libéré » de manière anticipée dix mois après sa condamnation.

Le procureur Acosta sera nommé secrétaire du Travail au début du premier mandat de Donald Trump mais devra démissionner après la révélation de ce scandale. Pour se justifier, il expliquera avoir notamment été informé d’« en-haut » que le cas d’Epstein relevait « du monde du renseignement » et que celui-ci devait être protégé…

En janvier 2015, une femme, identifiée ultérieurement sous le nom de Virginia Giuffre, épouse Roberts, incrimine Ghislaine Maxwell en l’accusant de l’avoir subornée alors qu’elle était mineure, en 1999 à Palm Beach en Floride, pour « servir de jouet sexuel » à Epstein.

Les poursuites pénales n’aboutissent pas à cause d’un « blocage à la fois juridique et financier » provenant à la fois d’une absence d’instructions de l’autorité centrale du FBI et du placement sous scellés, sans motif ou motivation, des documents versés par l’accusation. En 2017, Ghislaine Maxwell verse à la victime un dédommagement estimé à plusieurs millions de dollars, tout en affirmant qu’elle ne fréquente plus Epstein depuis 2004 (ce que des échanges de courriels et des témoignages démentiront).

Virginia Giuffre accuse également le prince Andrew de l’avoir violée à plusieurs reprises alors qu’elle était mineure. Celui-ci sera déchu de son titre d’altesse royale mais évitera de comparaître devant un tribunal après le versement d’un dédommagement de 12 millions de livres en faveur de la victime (qui se suicidera en 2025).

Durant toutes ces années, des adolescentes venues de l’étranger se déplacent sur les lignes intérieures américaines, en passant les contrôles de sécurité, sans être signalées par les services normalement compétents. En tout cas, « zéro trace n’en subsiste ». Une victime raconte que les officiels des Îles Vierges accueillaient Epstein « comme une star à l’aéroport », sans prêter attention au groupe de filles qui l’accompagnait.

L’intéressé aime à se rendre avenue Foch, « accompagné de son usuelle escorte de jeunes filles plus ou moins majeures ». « Après deux décennies d’impunité », ce n’est qu’en 2016 que des policiers et des magistrats commencent à s’intéresser à l’entrepreneur français en mannequinat Jean-Luc Brunel, qui est finalement arrêté en 2020 pour complicité de trafic international de jeunes femmes avant d’être retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Santé en 2022.

Ghislaine Maxwell est également interpellée en 2020, dans le New Hampshire. Deux ans plus tard, elle est condamnée à 20 ans de prison. Aucune photo ou vidéo provenant des systèmes de surveillance installés dans les propriétés, ni aucun des enregistrements collectés par les micros du Lolita Express, n’ont été versés au dossier ou présentés à l’accusée, qui pratique « un insigne mutisme depuis sa réclusion carcérale »…

Un suicide douteux

En juillet 2019, Epstein est arrêté dans un aéroport du New Jersey par la brigade de répression des crimes pédophiles. 36 jours plus tard, il est retrouvé mort dans sa cellule, les légistes concluant à un suicide par pendaison effectué au moyen d’un drap accroché à un barreau de lit.

Incarcéré dans un quartier de haute sécurité du Manhattan Correctional Center, le détenu était censé faire l’objet d’une vigilance accrue en tant que « prisonnier le plus sensible d’Amérique ». La nuit de sa mort, il était seul dans sa cellule (contrairement au règlement) et les deux caméras de surveillance étaient malheureusement en panne (les bandes de celle du couloir se révèleront « inutilisables »). De leurs côtés, les deux gardiens affectés à sa surveillance se sont abstenus de faire les rondes prescrites toutes les 30 minutes et ont passé la nuit dans leur bureau à surfer sur Internet et à dormir, à moins de cinq mètres de la cellule du détenu. Malgré la falsification du registre de surveillance (une infraction criminelle pour un fonctionnaire fédéral) et leur complet mutisme lorsque les policiers leur demanderont de décrire l’état ou la position d’Epstein au moment où ils ont pénétré dans sa cellule, aucun des fonctionnaires défaillants ne fera un jour de prison et leur supérieur hiérarchique bénéficiera même d’une promotion !

Jugeant cette mort suspecte, son frère cadet Mark engage un ancien médecin légiste de grand renom pour effectuer une contre-enquête. Celui-ci constate de multiples manquements aux normes criminalistiques : le corps a été immédiatement retiré de la cellule, sans examen, recueil d’indices ou photographies, les lieux ont été souillés par des intervenants non autorisés, aucun prélèvement n’a été effectué sur le drap qui est d’ailleurs passé par de multiples mains. En examinant la dépouille, le praticien note plusieurs incohérences qui laisse penser à une strangulation manuelle plutôt qu’à une pendaison. Sa conviction finale est qu’« Epstein a été assassiné et vraisemblablement “étranglé avec un fil de fer” », mais le FBI a déjà refermé le dossier…

Johan Hardoy, Polémia

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