. [AUTOMOBILE] Rentable mais inefficace, la politique du « tout radar » atteint ses limites

Spread the love

Articles : Jan 2026Dec. 2025Nov. 2025Oct. 2025
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 Twitter : https://twitter.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : Alors que près de 4.800 radars remplissent aujourd’hui les caisses de l’État, la mortalité routière augmente. Pour 72,4 % des Français, les radars routiers seraient aujourd’hui des « pompes à fric », selon une étude réalisée en 2018 par des organismes spécialisés pour le compte de la Sécurité routière. Propos que certains s’empressent évidemment de qualifier de populistes, d’irresponsables, voire de criminels.

Les Français dénoncent des « pompes à fric »

C’est aller un peu vite en besogne. En 2006, 68 % des automobilistes se disaient favorables à l’installation de radars de vitesse. Il ne s’agit donc pas d’une simple posture mais d’un bilan. Et de constats, puisque en 2018, plus de la moitié des personnes interrogées estiment que les radars sont placés dans des lieux non dangereux. Les Français sont par ailleurs 63 % à considérer que les sanctions pour les dépassements de vitesse inférieurs à 20 km/h (majorité des PV dressés pour non-respect de la limitation de vitesse) sont trop sévères. Les pouvoirs publics leur ont d’ailleurs donné récemment raison. Depuis le 1er janvier 2024, les conducteurs ne perdent en effet plus de point de permis pour des excès de vitesse de moins de 5 km/h. L’amende forfaitaire de 135 euros a cependant été maintenue, ce qui en dit long, nous le verrons, sur l’évolution de la politique dite de « prévention routière ».

Les radars fleurissent, mais pour quels résultats ?

L’opinion des Français sur les radars routiers porte sur les conséquences d’une politique de sécurité routière qui a profondément changé, se focalisant sur le seul facteur accidentogène de la vitesse et privilégiant, de ce fait, une répression par le « tout radar ». Un système d’une incontestable rentabilité, puisqu’il rapporte annuellement à l’État 1,1 milliard d’euros (800 millions d’euros d’amendes forfaitaires, auxquels s’ajoutent environ 300 millions d’euros de majorations pour retard de paiement). Mais l’objectif justifiant l’impressionnante inflation de radars (près de 4.800, fin 2024) est officiellement de faire baisser l’accidentologie routière en général, et la mortalité en particulier. Et c’est bien là que le bât blesse, justifiant d’une certaine façon la défiance des Français. Le mantra répété du « ça sauve des vies » (dont a notamment abusé Édouard Philippe pour imposer le 80 km/h, sans aucun progrès probant) n’a en réalité plus aucune traduction concrète depuis déjà longtemps.

Le non-dit sur le rôle de la vitesse

Interrogé par BV, Pierre Chasseray, secrétaire général de l’association 40 millions d’automobilistes, rappelle que « les premiers radars fixes sont apparus en 2003. Depuis, on leur a attribué tout le mérite de la baisse de mortalité routière, alors que bien d’autres facteurs y ont contribué. » Le bilan chiffré 2024 de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) indique en effet que la vitesse entre pour un petit tiers dans les facteurs d’accidents mortels. Un raccourci trompeur, estime Pierre Chasseray, puisque « on additionne en fait sans les distinguer les cas de vitesse excessive (vitesse supérieure à la limite autorisée) et de vitesse inadaptée » (par exemple un virage pris imprudemment à 80 km/h, même si la limite autorisée est de 90 km/h). « Quand on dit que la vitesse entre en ligne de compte pour près de 30 % des accidents mortels, on oublie juste de dire que dans la moitié des cas, il s’agit d’une vitesse inadaptée, cas dans lequel le radar n’intervient pas. » Et que, par conséquent, « le radar passe à travers 85 % des causes d’accident. Or, c’est le seul outil de prévention dans lequel l’État français investit en sécurité routière. »

Faudrait-il revenir sur le « tout radar » ?

Par ailleurs, depuis 2003, plusieurs innovations sont apparues sur les radars (vitesse fixe, feu rouge, passage à niveau, vitesse moyenne…), toutes supposées favoriser une baisse de la mortalité. Or, on constate que la mortalité s’est au contraire stabilisée depuis 2013 (apparition des premiers radars embarqués) et augmente même depuis 2021.

À ce sujet — Il y a des ratés dans le 80 km/h…

La performance de ces nouveaux radars n’aurait donc désormais pour seule utilité que de combler une partie du déficit des comptes publics. Devant le peu de lucidité des uns et la mauvaise foi des autres, 40 millions d’automobilistes a décidé de faire le point sur la question dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube. La question se pose, en effet, de savoir si l’État ne fait pas fausse route et si la rentabilité du système ne l’incite finalement pas à ne guère remettre ses choix en cause. Là encore, revenons aux chiffres officiels 2024 de l’ONISR. La vitesse y est retenue dans 29 % des cas d’accidents mortels. Viennent ensuite l’alcool (22 %) et les stupéfiants (13 %). Ajoutons ces deux chiffres et l’on obtient 35 %, soit 6 % de plus que l’incidence de la vitesse.

Alcool et drogues, ces grands oubliés

Or, si les automobilistes croisent tous les jours au moins un radar sur leurs trajets, les contrôles pour alcoolémie sont autrement plus rares. Selon une enquête réalisée par l’Automobile Club Association (ACA) et L’Argus, les automobilistes français sont contrôlés en moyenne tous les 62.800 km, soit tous les 5 ans, considérant que le kilométrage annuel moyen s’établit à un peu plus de 12.000 km.

Concernant les drogues, le problème est plus compliqué encore. Il y a celles qui sont interdites : certaines peuvent laisser dans le corps des traces décelables par un test pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, alors que leurs effets ont disparu totalement bien avant. Il y a certains médicaments, parfaitement licites, mais qui peuvent pourtant altérer les facultés de conduite. Et puis il y a le protoxyde d’azote, qui fait de nombreuses victimes depuis quelques années. Drogue souvent classée comme « récréative », alors que ses effets (le rire) sont en fait dus, précise Pierre Chasseray, « au manque d’oxygène dans le cerveau ». Par ailleurs, ajoute-t-il, « l’usager n’en ressent rapidement plus les effets alors que le produit reste actif pendant huit heures après la prise ». Il a fallu attendre juillet 2025 pour que le protoxyde d’azote fasse enfin l’objet d’une loi.

Pour 40 millions d’automobilistes, il est donc urgent d’en finir avec le « tout radar » et de réorienter les investissements vers une politique de prévention. « Nous avons proposé que l’on sensibilise les candidats au permis de conduire lors du passage de la conduite, en leur donnant un éthylotest », nous explique Pierre Chasseray, « mais cela posait un problème, car cela faisait perdre une minute sur le temps de l’examen. Une minute pour une vie ! » Or, « nous savons aujourd’hui que lors des soirées où ils s’alcoolisent, les jeunes ne s’inquiètent et ne renoncent à prendre le volant que lorsqu’ils sont confrontés à un résultat de test ».

Manque de courage politique

Concernant les drogues, les études montrent « qu’un conducteur de moins de 25 ans sur deux » est susceptible d’être positif aux stupéfiants lorsqu’il conduit, rappelle Pierre Chasseray. D’où l’idée de généraliser les campagnes sur la question avec des tests à grande échelle. « Mais quand j’en ai soumis l’idée au Conseil national de la Sécurité routière (CNSR), je me suis vu répondre que cela risquerait de retirer le permis à un jeune sur deux », rapporte Pierre Chasseray, qui conclut donc qu’aujourd’hui, « on considère qu’il vaut mieux laisser faire plutôt que de retirer un permis, tout en continuant à répéter que les radars nous sauvent la vie. On marche vraiment sur la tête. » Les automobilistes golfeurs diraient qu’avec un tel manque de courage politique, « on n’est pas sorti du sable ».


Etienne Lombard
, dans BV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *