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#webtube : C’est un séisme politique de magnitude majeure que vient de connaître le Royaume-Uni. Au terme du grand cycle électoral du jeudi 7 mai 2026 — élections locales en Angleterre, renouvellement du Parlement écossais à Edimbourg et du Parlement gallois (le Senedd) à Cardiff —, le bilan tombe vendredi avec la brutalité d’un constat médico-légal : le Parti travailliste, au pouvoir depuis juillet 2024 sous la conduite de Sir Keir Starmer, a subi la pire défaite de son histoire électorale moderne.
Près de 1 400 sièges de conseillers municipaux perdus en Angleterre. Plus de vingt collectivités locales basculées vers d’autres formations. Une projection en parts de voix nationales tombée à 17 % — le pire score travailliste depuis l’instauration de cet indicateur en 1979. Et, symbole le plus humiliant de tous, la perte du Pays de Galles, bastion centenaire du Labour, où la Première ministre sortante Eluned Morgan a perdu son propre siège dans la circonscription de Ceredigion Penfro avant d’annoncer sa démission immédiate de la direction du parti gallois. Un siècle de domination travailliste sur la nation galloise vient de s’achever en une nuit.
Reform UK, le grand vainqueur
Le grand bénéficiaire de cette débâcle s’appelle Nigel Farage. Son parti, Reform UK, fondé en 2019 et héritier direct du Brexit Party, vient d’opérer une percée que tous les commentateurs qualifient de « historique ». Plus de 1 400 conseillers municipaux gagnés en Angleterre. Treize conseils municipaux conquis. Une présence nouvelle, jusque-là quasi-inexistante, en Écosse et au Pays de Galles. Et surtout, une géographie électorale inédite : Reform gagne désormais à la fois dans les anciens bastions ouvriers du nord travailliste — le fameux Red Wall — et dans les terres conservatrices traditionnelles du sud, en Essex, en Suffolk, en Norfolk.
À Sunderland, le parti de Nigel Farage met fin à cinquante ans de domination travailliste. À Tameside, dans le nord-ouest, ce sont quarante-sept ans de continuité Labour qui s’effondrent. Même chose à Barnsley, à Gateshead, à Sandwell, à Wakefield. Dans le Sussex de l’Ouest, les conservateurs perdent leur majorité au profit, là encore en partie, de Reform. À Thurrock, Reform rafle 45 sièges sur 49.
« Nous vivons un moment historique », a savouré Farage à Havering, premier arrondissement londonien à passer sous ses couleurs. « Nous avons prouvé que nous pouvions gagner dans des zones dominées par le Labour depuis la Première Guerre mondiale. » L’ancien dirigeant europhobe, longtemps cantonné au statut d’outsider folklorique de la politique britannique, apparaît désormais comme un candidat sérieux pour Downing Street en 2029. Une projection des résultats en circonscriptions parlementaires donne d’ailleurs, en cas de reproduction du scrutin à l’échelle nationale, Nigel Farage Premier ministre — sans toutefois disposer d’une majorité absolue.
Le Pays de Galles bascule chez Plaid Cymru
L’autre événement politique majeur de la nuit, c’est le basculement du Pays de Galles. Pour la première fois depuis la création du Senedd en 1999 — et plus profondément, pour la première fois depuis la fin de la Première Guerre mondiale —, le Parti travailliste perd la nation galloise. La grande gagnante : Plaid Cymru, le parti nationaliste social-démocrate fondé en 1925 pour préserver la langue et l’identité galloises.
Avec 43 sièges sur 96 dans le nouveau Parlement gallois — issu d’une importante réforme constitutionnelle qui a porté le nombre de députés de 60 à 96 et instauré un mode de scrutin proportionnel intégral —, Plaid Cymru devient la première force politique du pays, à six sièges seulement de la majorité absolue. Reform UK suit avec 34 sièges, le Labour s’effondre à 9 sièges, les conservateurs à 7. « Le pays de Galles a exigé un changement de leadership », a déclaré Rhun ap Iorwerth, le chef de Plaid Cymru, après avoir conservé son siège de Bangor Conwy Môn. Le parti s’apprête à mener pour la première fois de son histoire une coalition gouvernementale à Cardiff.
Cette victoire est d’autant plus symbolique que Plaid Cymru avait fait toute sa campagne sur le slogan d’une « course à deux chevaux » — Plaid contre Reform —, captant ainsi le vote utile des électeurs hostiles à Nigel Farage. Sur le fond, le parti gallois a mis en sourdine sa revendication d’indépendance, sachant qu’à peine un tiers des Gallois y est favorable. La rupture politique précède donc, pour l’instant, toute rupture institutionnelle.
L’Écosse reste au SNP, mais le tableau d’ensemble se fragmente
En Écosse, le Scottish National Party de John Swinney conserve sa première place, comme prévu par les sondages, avec une projection BBC à 58 sièges sur 129. Insuffisant pour la majorité absolue (qui requiert 65 sièges), suffisant pour reconduire le SNP à la tête du gouvernement écossais — un règne désormais ininterrompu depuis dix-neuf ans. Le chef de file travailliste écossais Anas Sarwar, en perdant son siège direct à Glasgow Cathcart and Pollok mais en sauvant sa présence parlementaire via un siège régional, a admis sa défaite très tôt dans la journée et confirmé qu’il maintenait sa demande publique de démission de Keir Starmer.
À noter : Reform UK fait son entrée pour la première fois au Parlement écossais avec plusieurs sièges régionaux, témoignant que la dynamique du parti de Farage ne se limite pas à l’Angleterre. Les Verts écossais, eux, font des gains spectaculaires, notamment en arrachant Edinburgh Central et Glasgow Southside au SNP — ce dernier siège ayant pourtant été détenu par l’ancienne Première ministre Nicola Sturgeon.
La poussée verte, autre signal de l’effondrement Labour
L’autre vainqueur, plus discret, du scrutin du 7 mai s’appelle le Parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles. La formation, désormais conduite par Zack Polanski, gagne plus de 340 sièges municipaux, ainsi que ses deux premières mairies d’arrondissement directement élues — à Hackney (Zoë Garbett) et à Lewisham, deux fiefs travaillistes du Grand Londres. Les Verts conquièrent également la mairie de Norwich, première grande ville d’Angleterre passée sous leur contrôle exclusif. À Camden — l’arrondissement même où se trouve la circonscription de Sir Keir Starmer —, le chef du groupe travailliste municipal perd son siège au profit des Verts.
Avec 18 % de parts de voix dans la projection nationale BBC, les Verts dépassent désormais à la fois les conservateurs (17 %) et les travaillistes (17 %). « Le bipartisme est mort et enterré », a triomphé Zack Polanski au lendemain du scrutin.
La fin officielle du bipartisme britannique
C’est en effet le constat structurel le plus important de cette élection. Le système politique britannique, qui depuis un siècle reposait sur l’alternance entre travaillistes et conservateurs, vient d’éclater en une mosaïque à cinq, six, voire sept formations significatives selon les nations. La projection nationale BBC place désormais cinq partis dans une fourchette resserrée entre 16 et 26 % — une fragmentation sans précédent dans l’histoire politique britannique récente.
Pour les conservateurs de Kemi Badenoch, le scrutin est également un désastre. La perte de plus de 530 sièges municipaux pour la deuxième année consécutive — alors même que le parti se trouve dans l’opposition, ce qui ne s’était plus produit depuis au moins 1975 — confirme la déliquescence d’une formation qui peine à se redéfinir face à l’aspiration de Reform UK. Le bastion conservateur d’Essex, tenu sans interruption depuis vingt-cinq ans, tombe à Reform. Seules quelques victoires symboliques — la reprise de Westminster Council et le statut de premier parti à Wandsworth — viennent éclairer une nuit globalement noire pour Kemi Badenoch.
Les libéraux-démocrates, de leur côté, signent un huitième résultat positif consécutif avec plus de 770 nouveaux sièges municipaux, conquérant notamment Stockport et Portsmouth. Sir Ed Davey, leur chef, se présente désormais comme « le seul parti non-populiste encore debout » du paysage politique britannique.
Un Premier ministre acculé
Pour Sir Keir Starmer, la nuit du 7 au 8 mai aura été celle d’une humiliation politique majeure. Les appels à la démission ont commencé dès le vendredi matin, venus d’abord de la gauche du parti, puis rapidement étendus à des figures plus modérées comme Louise Haigh, ancienne ministre des Transports. Plus d’une dizaine de députés travaillistes ont demandé publiquement au chef du gouvernement de fixer un calendrier de départ. Andrea Egan, secrétaire générale d’Unison — le plus grand syndicat britannique et l’un des principaux soutiens financiers du Labour —, a averti que le parti faisait face à un risque d’« anéantissement » et appelé à un changement non seulement de leader mais d’« approche entière ». Sharon Graham, dirigeante d’Unite, a lancé l’avertissement le plus brutal : « C’est changer ou mourir, c’est maintenant ou jamais. »
Les onze syndicats affiliés au Parti travailliste se sont réunis vendredi après-midi pour des entretiens de crise, et ont demandé une rencontre d’urgence avec Sir Keir Starmer pour exiger un « changement radical de direction » — ce qui signifierait, presque mécaniquement, un virage à gauche du parti. Selon des sources internes, deux noms reviennent comme successeurs potentiels : Andy Burnham, maire de Greater Manchester, et Angela Rayner, ancienne vice-Première ministre.
Starmer a néanmoins refusé toute idée de démission. « Je ne vais pas m’en aller et plonger le pays dans le chaos », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant des résultats « sévères ». Le ministre adjoint David Lammy, fidèle, a martelé qu’on « ne change pas de pilote en plein vol ». Réplique acerbe de l’ancien chancelier de l’ombre John McDonnell : « Si, parfois on le fait — quand on est en piqué. »
Une recomposition aux conséquences européennes
Au-delà du sort personnel de Sir Keir Starmer — dont la chute, à terme, semble pour beaucoup d’observateurs inéluctable —, c’est l’architecture politique d’une grande nation européenne qui vient d’être bouleversée. Le Royaume-Uni, premier des grands pays européens à avoir connu cette mécanique du bipartisme parfait depuis le début du XXᵉ siècle, rejoint désormais la norme continentale d’une fragmentation à cinq ou six partis. Reform UK consolide sa place comme principal réceptacle du vote populaire et identitaire. Le Labour pourrait, sous la pression des syndicats, opérer un virage radical vers la gauche. Les nationalistes — écossais et gallois — confortent leur emprise sur leurs nations respectives. Et l’extrême-gauche écolo-populiste, conduite par Zack Polanski, devient une force significative.
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